Compte-rendu de la Réunion de la commission Internet de l’Addnb du 22 mars 2002
INTERVENTION de Claire Dartois (BPI) : SELECTION DE SITES ET CATALOGAGE DE DOCUMENTS ELECTRONIQUES
1. LE SITE DE LA BIBLIOTHEQUE : BREF HISTORIQUE
La Bibliothèque publique d’information, dont les principes sont connus, à savoir, encyclopédisme, accès libre et sans formalité, gratuité, a décidé d’offrir, à partir de juin 1995
l’accès à Internet, à partir de six écrans au départ, puis neuf. Les objectifs de cette expérience ont été clairement exprimés par D. Baude, dans un article-bilan paru en 1996[1].
« Il s’agit d’une part de fournir à des utilisateurs distants l’accès au catalogue de la bibliothèque et à des fonds documentaires constitués par des bibliothécaires, fonds actuellement en cours d’élaboration, dossiers de presse, dossiers d’images, bibliographies spécialisées, etc. ; il s’agit d’autre part de permettre aux lecteurs sur place d’interroger, non pas les documents disponibles dans les espaces de lecture, mais les multiples sources d’information et documents proposés sur le réseau Internet ». Actuellement, une cinquantaine d’écrans donnant accès à l’Internet libre sont disséminés dans les espaces de lecture, 45 postes sont des OPAC, 138 des postes multimedia, 34 sont des serveurs d’impression ; le parc total, comprenant d’autres applications (bureaux de SP, GED, etc...) s’élève à 419 postes. La bibliothèque de 10 000 m2 est sur 3 niveaux, avec une collection d’environ 350 000 à 400 000 documents, 2200 titres de presse, 10 000 CD audios) ; la fréquentation journalière dépasse les 8000 personnes, avec des pics pouvant aller jusqu’à 12 000 personnes le we, et les étudiants représentent 61 % du public, ce qui fait de la BPI une bibliothèque publique un peu différente des autres...l’horaire d’ouverture hebdomadaire est de 62 h, y compris les jours fériés, sauf le 1er mai, et les mardis.
Le Centre Pompidou dispose d’un site propre, et celui de la bibliothèque a lui aussi son adresse spécifique http://www.bpi.fr.
Les autres activités de la bibliothèque : formation, édition, animation disposent elles aussi d’un espace sur ce site ; la bibliothèque propose son catalogue en ligne, et une autre rubrique intitulée « sites Web », plus particulièrement organisée par le service des documents électroniques auquel j’appartiens.
2. L’OFFRE PROPOSEE : LE SITE DE LA BPI
2.1 L’OFFRE DOCUMENTAIRE
Reprenons les propos de D. Baude, dans un article déjà cité, et qui s’intitule : « Internet à la Bibliothèque publique d’information : mise en place et premières impressions » : « Il s’agit de mettre à la disposition de tous les publics tous les moyens possibles d’accéder à un maximum d’information et à un maximum de documents ». Le site de la bibliothèque est constitué, il faut le souligner, par une équipe de neuf personnes responsables de différents secteurs du site (l’économie, le droit, la psychologie, etc...) et des CD-Rom qui vont avec, en collaboration avec les collègues des Imprimés. Il a été choisi de proposer des rubriques thématiques, avec un certain nombre de sites testés, analysés, et brièvement présentés. Ce site est en constante évolution (1700 liens actuellement), en raison de l’apparition de nouveaux thèmes, du développement d’autres. Une rubrique consacrée à l’emploi, avec des conseils pour la rédaction des CV et lettres de motivations, et donnant accès aux offres proposées dans la presse, a rencontré un grand succès et replace la bibliothèque dans son rôle social. Une description plus complète de ce site a été faite à l’occasion d’un colloque intitulé « Les Bibliothèques et l’emploi » à Lille le 27 et 28 novembre 1997.[2] Une sélection de banques d’images sur le Web a été également réalisée.
Mais l’objectif n’est pas que de proposer des sites, mais également de donner des éléments aux usagers pour mener leurs propres recherches : d’où la mise à disposition d’un certain nombre de moteurs et méta- moteurs de recherche, présentés avec leurs fonctionnalités, et de guides méthodologiques. Le Web est dominé par l’anglais, qui est parfois une barrière pour l’usager, et l’offre choisie a été volontairement faite de ressources en français, élaborée par les universités du Québec (GIRI : Guide d’initiation à la recherche sur Internet) : présentation des ressources d’Internet, stratégies de recherche, avec deux niveaux : initiation et perfectionnement. Une synthèse de nos propositions a été publiée en 1999 [3].
Par ailleurs, le site de la BPI propose le catalogue de la Bibliothèque, afin de faciliter les recherches des utilisateurs distants, avant leur visite sur les lieux. (monter ex. "économie" et "sites internet"). Ce catalogue a ceci de particulier qu’il intègre les ressources électroniques ; nous en reparlerons dans la 2e partie de cet exposé.
3. LA SELECTION DES SITES
3.1 CRITERES DE CHOIX
Les acquéreurs classiques ont développé une bonne connaissance des sources des documents dans une branche du savoir : auteurs, collection, maisons d’édition.... Ils consultent aussi des outils d’aide à la décision (Choice, Livres Hebdo, etc...). Pour l’équipe qui a en charge le choix des sites Internet, les points de repères sont plus flous. Examinons d’abord la fiabilité d’un site Internet : l’auteur est -il mentionné, connu, reconnu dans cette discipline ? si c’est une institution, laquelle ? Quelle est la fréquence de mise à jour du site ? la qualité des liens ? la qualité des informations et des illustrations ? l’ergonomie du site ? (cf. grille d’évaluation)
Les documents pour le choix, dans le cas d’Internet, sont plus disparates : pages multimedia des quotidiens, journaux spécialisés, critiques sur différents supports. Les membres du service se sont partagés les abonnements aux listes de diffusion spécialisées en bibliothéconomie (adbs-info et biblio-fr, la lettre du bibliothécaire québécois...) afin d’obtenir par ce biais d’autres informations sur l’offre documentaire et les problèmes rencontrés par les collègues.
L’offre elle-même est exponentielle, touffue, difficilement cernable. Toffler parlait « d’hyper-choix » pour les supermarchés : comment se repérer dans une étendue aussi vaste, et en constant changement : sites qui disparaissent, se créent, changent d’adresse... ? par ailleurs, et ceci est plus préoccupant, cette offre est extrêmement inégale : des sites personnels farfelus côtoient des travaux universitaires, des sites commerciaux qui ne songent qu’à vendre, des annonces louches, des sectes, des sites révisionnistes, pornographiques, violents, que sais-je encore...
Il est toujours enrichissant d’examiner les choix faits par d’autres institutions, qui ont aussi, en fonction de leur public, de leurs collections, faits des propositions à leurs usagers, proches ou distants : les signets de la BNF, les liens proposés par certains sites universitaires, les choix des bibliothèques étrangères, etc...bien entendu il n’est pas question de les reprendre, mais certaines rubriques peuvent nous inspirer et éclairer nos choix. Un projet se dessine, qui serait centré sur la coopération des bibliothèques pour la sélection et la mise à disposition des informations (Sitebib), afin d’éviter les travaux répétitifs et élargir les champs d’investigation. Le portail des signets des bibliothèques françaises universitaires en est un exemple http://www.unilim.fr/scd/sites/busignets, comme les projets RENARDUS http://www.renardus.org ou DESIRE au niveau européen. Les petits établissements, qui n’ont souvent qu’une équipe réduite, parfois à une personne, n’ont ni le temps ni les moyens d’alimenter une offre volumineuse. ; puisqu’il n’y a pas de copyright sur les liens, les choix faits par des institutions mieux dotées peuvent servir de base, pour être ensuite adaptés au contexte local.
A la BPI, les sites sélectionnés obéissent à un cadre de présentation commun à toutes les rubriques , et qui s’inspire du classement de la bibliothèque :
Revues
Dossiers de presse
Bibliographies
Dictionnaires
Bibliothèques
Editeurs et libraires
Bases de données (autres que bibliographiques)
Ressources pour les enseignants
Subdivisions du thème (inspirées de celles du classement de la bibliothèque)
(voir ex. ethnologie)
Ceci nous amène à évoquer les liens avec les autres ressources.
3.2 COMPLEMENTARITE AVEC LES COLLECTIONS
L’offre de sites Internet, si elle est bien pensée et correctement structurée, s’inclut naturellement dans les ressources de la bibliothèque : elle peut être un prolongement utile de ressources existantes, comme la mise à disposition d’index ou de sommaires sur Internet, quand ces documents n’existent pas sur papier ; la possibilité de rechercher dans des archives, quand la bibliothèque n’a qu’une collection limitée, et pas d’outil de recherche approprié ; une extension pure et simple des ressources, dans le cas de revues qui n’existent que sous une forme électroniques « e-journals », ou de titres auxquels la bibliothèques n’est pas abonnée : quotidiens étrangers ou régionaux, revues spécialisées, etc...D .Baude, dans un article déjà cité, rappelle que « pour les petites bibliothèques, il sera, dans un avenir proche, moins coûteux d’avoir une connexion à Internet , que d’acquérir de nombreux documents ».
Dans tous les cas il est indispensable de signaler, pour chaque site sélectionné, les outils de recherche disponibles (index auteur, titres, recherche par mots-clés, avec existence ou non d’opérateurs booléens, recherche par date...), la nature des données (texte intégral, sommaire, références bibliographiques) et si le document existe à la bibliothèque, de faire le lien avec la collection papier en indiquant la cote de la revue concernée et ses dates de conservation, (voir ex. sur le site : histoire ou géographie).
Certains services sont payants : Libération ou le Monde, par exemple, ne fournissent pas par voie électronique l’intégralité du journal ; il s’agira donc de préciser au lecteur quels sont les services dont il peut disposer gratuitement. La BPI dispose par ailleurs d’un dépouillement de la presse française, avec possibilité d’impression des articles en texte intégral ; pour des questions de droit, ce service n’est pas accessible de l’extérieur.
La complémentarité avec les collections papier n’est pas bien sûr la seule prise en compte : le lien avec les microformes conservées, les CD-ROM présents est indispensable. (ex. du Monde, ou du Journal Officiel).
3.3 MAINTENANCE DU SITE
Les collections papier connaissent des éliminations, le désherbage, des remises à niveau, l’introduction de nouveaux titres. Un site Internet, plus encore, demande une vérification ponctuelle des adresses souvent soumises à changement, et des mises à jour qui sont à la fois l’introduction de ressources nouvelles, et la suppression de certaines autres, devenues caduques, provenant d’un site peu « surveillé » par ces gestionnaires. Ce travail long, parfois fastidieux, ne doit pas être sous-estimé, car le site est à la fois une vitrine de la bibliothèque, le seul accès parfois pour les interlocuteurs distants, et que les approximations sautent aux yeux : la fraîcheur et la régularité des mises à jour sont un critère de validité des informations. Un véritable travail de « veille documentaire » est donc nécessaire pour chacun des membres de l’équipe, avant de repérer les nouveaux sites, de les tester, et de rédiger enfin, s’ils sont retenus, une courte analyse qui les mettra en valeur auprès des usagers.[4]
La plupart des sites institutionnels prévoient la possibilité d’envoyer un message au gestionnaire du site, ou « webmestre ». Les usagers ne s’en privent pas, et il faut compter le temps nécessaire à la lecture des messages, l’examen des critiques, le signalement de ressources défectueuses, voire les suggestions, qui ne sont pas toujours fondées, certains producteurs de sites ayant une démarche purement publicitaire... . La « rétroaction » ou « feed-back » est un facteur de remise en question et de progrès, si l’on accepte ce travail de dépouillement du matériel ainsi spontanément recueilli.
2. LE CATALOGAGE DES RESSOURCES ELECTRONIQUES
1. UN ELARGISSEMENT DE L’OFFRE DOCUMENTAIRE
Le choix d’intégrer au catalogue de la bibliothèque des ressources électroniques obéit à une volonté d’élargir l’offre documentaire proposée à tous les supports : ressources papier, mais aussi cédéroms et ressources internet etc... et de permettre au lecteur d’obtenir des résultats de recherche plus fructueux. Les sites internet catalogués ne sont qu’une partie de ceux proposés dans la sélection de sites Web. L’idée à été de s’en tenir aux sites en complémentarité directe avec les ressources traditionnelles du domaine : sites de revues proposant des index, des sommaires, ou une recherche dans des archives, voire du texte intégral de numéros anciens ; la BPI n’ayant pas vocation de conservation, ce type de ressources est particulièrement apprécié. On y trouve aussi des bibliothèques spécialisées, qui permettent des recherches à distance. Selon les domaines, on tente d’enrichir les ressources existantes et d’élargir les possibilités de recherche. A l’heure actuelle, 754 ressources sont traitées. Une des lignes directrices a été de retenir des ressources plus stables, c’est à dire promettant une durée de vie plus longue sur le web, à savoir des données provenant d’institutions, de ministères, d’organismes publics. La mise à jour et le traitement de ces ressources cataloguées sont beaucoup plus longs que pour des ressources sélectionnées, ce qui oblige à des choix plus stricts. Les contraintes techniques, comme on va le voir, sont lourdes.
2. LES CONTRAINTES TECHNIQUES : 2 SYSTEMES DE CATALOGAGE
Dans l’environnement qui est le nôtre, il est nécessaire de passer par deux systèmes de catalogage : Best, qui est la base générale, et Mmediaview, qui est une base de données assurant la gestion des documents électroniques de la collection. Le bordereau est une adaptation d’UNIMARC (voir exemple), permettant d’intégrer le lien Internet, qui a été, en l’absence à l’époque d’une norme de catalogage des documents électroniques, une adaptation empirique du document existant. Ce double traitement des documents électroniques est particulièrement long, car il nécessite à tous les stades des contrôles : vérification que la notice a bien été exportée d’un système à l’autre, qu’elle fonctionne sur les postes multimédia des espaces de lecture, que la circulation à l’intérieur du document se fait bien. Il faut rappeler que les postes multimedia offerts au public ne proposent pas au lecteur une navigation libre sur le Web, ce qui veut dire que le contenu et les rubriques du site seront vérifiées afin de ne pas permettre cet accès libre, qui est par ailleurs proposé sur une cinquantaine de postes réservés à cet usage. Pour ceux-ci, une réservation est nécessaire, qui donne droit à 45 mn de consultation.
2.1 ADRESSES AUTORISEES
Les choix qui ont été faits dans notre environnement, à savoir de proposer ces ressources cataloguées par secteur (en sciences sociales, on trouvera les ressources du domaine, mais pas celle d’économie ou de sciences) et non globalement, et d’autre part, comme nous l’avons dit, de ne pas permettre un accès sur ces postes à l’internet libre, ni à l’usage de la messagerie, oblige donc à gérer des adresses autorisées. Ceci implique, à avant de retenir une notice pour l’intégrer au catalogue, de tester toutes les adresses internes du site ; on le sait, de nombreux sites proposent soit des moteurs de recherche externes, des chats, des forums, des mails gratuits. Il faut donc repérer une à une ces adresses pour les interdire. De même, la plupart des sites sont construits avec de nombreux liens extérieurs, qui sont souvent des adresses différentes de l’adresse de départ : là aussi, le travail de vérification est conséquent. Dans le cas des répertoires de sites (SOSIG, WWW Virtual Library, etc...) il n’est pas possible, compte tenu du nombre élevé de liens, de les retenir dans le catalogue. Ces ressources trouveront leur place dans la sélection de sites qui n’a pas ce type de contrainte technique.
En résumé, il s’agira pour chaque ressource cataloguée, de faire figurer dans le bordereau de catalogage Mmédiaview, les adresses autorisées à la consultation ; dans le cas le plus simple, c’est la racine de l’adresse du site avec une troncature ; dans les autres cas, c’est une liste de tous les "déplacements" permis dans le site et hors du site. Si elles ne sont pas listées correctement dans une base de données particulière, le lecteur se trouvera devant le message "destination non autorisée". Certains usagers contestent les restrictions d’accès et ont des difficultés à saisir l’architecture du système.
2.2 LICENCES DANS LE CAS DE L’INTERNET PAYANT
De plus en plus de bases de données auparavant proposées sur cédéroms (Silverplatter, etc...) sont maintenant en ligne. L’intérêt est de supprimer le support physique, parfois fragile et peu résistant aux manipulations, comme de simplifier l’installation et la gestion des abonnements : il n’y a plus de disques à retourner à l’éditeur. Les mises à jour seront facilitées. Mais il faut, dans un système de catalogage de ce type, faire les mêmes vérifications, et en plus, déterminer un nombre de licences simultanées payantes d’accès au document. Le bordereau type devra contenir cette information pour que l’application fonctionne.
2.3 INDEXATION
2.3.1 THEMES ET SOUS THEMES
L’organisation de la collection de documents électroniques dans le système retenu par la BPI nécessite de gérer différents accès. Ceux-ci ont été créés par l’équipe de projet au moment de la réinformatisation.
On distingue :
les profils qui correspondent à un poste
les groupes qui sont un ensemble de documents électroniques (par ex : le titre AFP sciences peut apparaître à la fois dans le secteur références et dans le secteur sciences)
une ventilation en thèmes et sous-thèmes (ex : Histoire/revues, ou bibliothèques). Ces spécifications dépendent bien sûr de l’outil logiciel choisi, mais il faut souligner qu’elles sont indispensables au bon fonctionnement des accès, et qu’elles ne peuvent se faire que manuellement. Toute modification de la répartition ne peut non plus être automatisée.
2.3.2 UTILISATION DE RAMEAU
Le système de catalogage de la BPI fonctionne en Rameau. Pour que les documents électroniques soient accessibles par sujet et auteur dans le catalogue, il a donc fallu l’utiliser. les difficultés sont certaines, les auteurs ne faisant que rarement l’objet d’entrées dans les listes ; dans ce cas, il faut s’interroger sur l’opportunité de créations à tout va, qui vont multiplier des accès qui vaudra maintenir et vérifier. Dans le cas des vedettes matières, Rameau n’est pas toujours, pour ce type de ressources, l’outil le plus adapté. Le catalogage des documents électroniques a donc par la force des choses, tendance à se simplifier.
3. LES ACCES
L’option retenue ici, et qui peut être discutée, a été un accès par secteur, à l’exception de certains documents qui sont indispensables à tous les bureaux d’information, comme par exemple les encyclopédies ou les revues d’intérêt général, et qui sont donc proposés à différents endroits. Nous souhaitions que le lecteur trouve une cohérence dans l’offre documentaire, sur tous les supports, mais obéissant aux grandes classes de la CDU. Il en découle que, aussi curieux que ceci puisse paraître, les documents électroniques ont une cote : nécessité du système exigeant une "localisation" de ce qui peut sembler immatériel. Des réflexions sont en cours pour l’élargissement des propositions, en tout cas en ce qui concerne les ressources internet gratuites. Pour les documents payants, c’est le problème des licences qui en limite bien évidemment les accès. Un examen des statistiques mensuelles de consultation des documents électroniques permet de dégager des grandes lignes : c’est la presse et les données liées à l’emploi qui ont les ressources les plus utilisées. Nous étudions également les causes des "refus" de connexion, liées soit à un problème de catalogage ou à une modification de l’adresse du site, ou à un excès de demandes d’accès simultanés. La sous-utilisation de certaines ressources peut être liée à leur mauvaise visibilité et à l’organisation complexe de l’offre documentaire.
Les lecteurs, et nous y reviendrons, ne sont pas toujours préparés à comprendre ce réseau d’information. Les cahiers des lecteurs a disposition dans les bureaux de service public recueillent assez peu de commentaires sur les liens du catalogue, ni d’observations en direct ; c’est dommage, car nous manquons d’information sur la "réception" de cette proposition documentaire.
Une nouvelle application est en cours, qui va consister à rendre accessible de l’extérieur les ressources internet gratuites cataloguées ; grâce à une "fédération satellite", ces sites seront disponibles pour nos lecteurs distants. Ce dispositif n’est bien entendu pas applicables aux ressources internet payantes et aux cédéroms qui font l’objet d’un accès par licence contrôlé, dans les locaux même de la bibliothèque.
4. QUELLE VISIBILITE POUR LES DOCUMENTS ELECTRONIQUES ?
4.1 PROBLEMES LIES A LA LECTURE SUR ECRAN : LE TEXTE ELECTRONIQUE
Dans une bibliothèque, le premier espace de lecture offert aux utilisateurs est le lieu bibliothèque, lui-même. Or celui-ci, comme les lieux de vente de livres ou de cédéroms, n’est pas encore adapté aux documents électroniques. Il est conçu et construit autour de la notion d’objets que l’on prend en main, que l’on feuillette, il favorise le butinage dans le cadre d’une déambulation plus physique que virtuelle. La question qui se pose alors, est : comment rendre lisible l’existence de ces nouveaux documents, comment donner un aperçu de leur contenu ?Quelle médiation proposer ?
Le deuxième lieu de lecture « obligé » est l’objet écran : objet immuablement identique, figé par une technique qui n’a pas encore trouvé de réel successeur. L’écran nécessite une « ouverture » vers un document ou un ensemble d’informations, ouverture qui entraîne irrémédiablement l’utilisateur vers un labyrinthe d’inconnues, de questions, de recherches, de retours en arrière, exigeant de lui des procédés de déchiffrage, de lecture et d’analyse que l’école n’apprend pas. Si l’évolution des techniques de l’imprimerie depuis des siècles a tenté de faciliter la lecture des documents imprimés, la mise en Å“uvre de documents sous une forme électronique ne semble pas toujours, loin de là , répondre à cet objectif. Les questions de fond à se poser ne sont-elles pas : dans quel cas la lecture de la mise en Å“uvre d’un document électronique permet-elle une réelle acquisition de connaissances, et peut-on toujours parler de lecture ?
Les nouveaux documents induisent une nouvelle forme d’activité mentale, de démarche intellectuelle, donc un nouvel apprentissage de la part du lecteur, mais peut-être aussi du concepteur.
Le texte électronique ne peut plus, et ne doit plus, être simplement un texte imprimé qui aurait changé de support. Lorsqu’un texte conçu initialement pour être imprimé est mis en Å“uvre sous forme électronique, à quelle démarche cela répond-il, à quel usage, et quelle lecture autorise-t-il ?
Ainsi des espaces physiques de lecture, aux « espaces » du texte, l’utilisateur d’une bibliothèque est confronté, « affronté » à un nouveau parcours auquel, pour l’instant, rien ne le prépare vraiment.
Tous les discours et la littérature actuels sur les bibliothèques, et plus spécialement sur les bibliothèques publiques, insistent sur la notion de lieu. Lieu de regroupement, lieu convivial, lieu où l’on vient chercher une information, acquérir une connaissance, lire tout simplement. Ce qui, très schématiquement pourrait caractériser les espaces de lecture d’une bibliothèque, est la sélection nécessaire à la constitution de ses collections, et l’organisation de ces dernières. Organisation dont le but est bien de permettre à l’utilisateur de « lire » les espaces. L’organisation arborescente des collections par grands thèmes, sous-thèmes, etc., autorise une lecture spatiale, une lecture d’orientation, une déambulation, un butinage. L’objet livre est repérable, identifiable, de loin. Sa prise en main permet de prendre connaissance, lors d’une analyse rapide et souvent à peine consciente, des éléments essentiels de son contenu. Cette analyse s’appuie sur des repères, des conventions d’écriture, de mise en page, d’informations présentées sur les premières pages, qui ont été élaborés par l’imprimerie au cours des siècles.
Les documents électroniques n’autorisent pas, pour l’instant, une telle lecture « rapide ». Que ce soit dans une bibliothèque ou dans les lieux de vente (grandes librairies, magasins informatiques, grandes surfaces), leur « mise en boîte » n’autorise que peu d’informations sur leur contenu, et le passage obligatoire par un ordinateur pour prendre connaissance des éléments essentiels, les rend totalement opaques.
En effet, structurer les informations d’entrée de chaque écran, en thèmes et sous-thèmes, est une solution, mais elle implique que le lecteur s’approche d’un écran, s’arrête, s’assoie et prenne le temps de lire.
L’ECRAN, NOUVEL ESPACE DE LECTURE
L’écran est donc l’espace de lecture obligé, l’espace d’accès à l’information et à la connaissance, unique pour tout document électronique et multimédia. Les documents doivent donc s’adapter à ce format, et non l’inverse.
Quand on parle d’écran, on inclut sous le même terme, l’objet physique et l’espace de lecture qu’il propose. Cet espace de lecture devient alors multiple, comme les pages d’un livre. Le document électronique propose à l’utilisateur-lecteur une succession d’écrans, dont le plus important est sans doute le premier. Celui-ci est une porte d’entrée unique, donc essentielle. Sa lecture devrait permettre de prendre connaissance du contenu du document, de sa structure, des signes choisis par l’auteur ou le concepteur, de tous les éléments visuels nécessaires à la lecture. En effet, une surface non négligeable de l’écran est utilisée non pour le document (texte, image), mais pour le fonctionnement de l’objet écran, pour le déroulement du texte. La lecture de cette surface et des signes qu’elle comporte est indispensable. Sans la compréhension de ces signes le lecteur restera bloqué, comme un analphabète devant un document imprimé. Roger Chartier a à ce propos forgé le terme très parlant "d’illectronisme".
Ces signes sont multiples et relèvent parfois pour leur compréhension d’une grande imagination, ou d’une lecture très minutieuse pour être vus. Nécessitent une lecture quasi analytique, les signes tels que les ascenseurs verticaux et horizontaux, les flèches en fin de ligne donnant accès à des menus déroulants, etc. La non-lecture de ces signes prive le lecteur d’une partie importante de l’information qui lui est proposée.
L’écran offre ainsi ce paradoxe de proposer à lire plus d’informations qu’il ne peut réellement en contenir, sur ce qui apparaît cependant comme une même et unique surface, comme une même et unique « page ».
4.2 LA SIGNALETIQUE
Dans le cas d’une grande bibliothèque, comme la BPI, la situation est particulière : . tous les documents électroniques sont accessibles en réseau, directement sur des écrans : le problème du bibliothécaire est alors comment récréer, à partir, sur, au travers d’un écran, cette spatialisation qui est fondamentale à l’organisation des connaissances ? Comment permettre une déambulation dans les collections de documents électroniques proposées ? Souvent les écrans sont de prime abord perçus par les lecteurs comme des objets de « départ », d’extériorisation, de recherche ailleurs, alors qu’ils devraient être des rayonnages virtuels. Comment créer sur un écran, espace de lecture limité, inexorablement rectangulaire et identique quel que soit son lieu d’implantation et les documents auxquels il donneaccès, une déambulation structurée, un lieu marqué de repères,deboussoles,unlieude liberté sansêtre labyrinthique ?
Les tentativesmises en place à la BPI sont de deux ordres : identifier le secteur dans lequel se trouve l’écran en adaptant la couleur de son écran d’entrée à la couleur de la signalétique du secteur (sciences, littérature, arts, etc.), et recréer sur l’écran une organisation identique à celle des rayonnages. Il n’est pas certain que nos lecteurs « lisent » réellement ces indications de repérage.
Pour localiser les documents électroniques, le lecteur dispose à la BPI de deux possibilités :
le catalogue général, qui à partir d’une recherche, permet, d’avoir une vision globale des documents, répondant à sa question.
la consultation de la rubrique "cédéroms et ressources internet", à partir d’un écran, permet de consulter la liste des documents du secteur.
Les observations montrent que beaucoup de lecteurs ne voient pas quels documents électroniques se cachent derrière les écrans, et que la surabondance des autres signes les égare.
L’exploitation réelle des documents électroniques doit passer par trois voies :
L’utilisation de toutes les possibilités offertes par les 2 système de catalogage, en particulier la présence de résumés courts et longs, un usage plus performant du classement thématique des postes multimedia.
une amélioration de la signalétique des postes, pour qu’ils soient mieux différenciés.
-une participation active et volontaire du personnel des bureaux d’information, pour informer le public de l’existence de ces documents et de leur contenu, et les "prescrire".
Ceci m’amène à évoquer les problèmes de formation.
LES FORMATIONS PROPOSEES
FORMATION DES COLLEGUES
La mise en place d’un site Internet ne va pas de soi dans une bibliothèque, car la nécessaire immersion que ce travail réclame peut faire penser aux collègues des autres services que l’on se désintéresse de l’offre documentaire « traditionnelle », que l’on s’hyper-spécialise, perdant de vue l’étendue et l’encyclopédisme des collections existantes, les besoins des lecteurs, bref tout ce qui fait le quotidien des bibliothèques. Le sujet est vaste, et a fait l’objet de publications [5]. La technicité de certaines tâches peut rebuter, le jargon (lien hypertexte, applet, les sigles...HTML, URL, etc...). il est donc nécessaire de présenter l’architecture du site aux collègues, les objectifs, et d’insister sur la complémentarité avec les ressources disponibles, qu’Internet ne remplace pas, mais peut éventuellement compléter.
De petites formations peuvent être proposées, pour présenter les moteurs de recherche, et leurs spécificités, apprendre à lire des résultats, à les trier, etc...Des sessions plus spécialisées peuvent ensuite s’organiser : les sites en droit, où trouver l’information économique, etc, en liaison avec les collègues en service public. Il est manifeste que la formation n’est pas acquise une fois pour toutes, et que des remises à nouveau devront être envisagées dans le temps.
La constitution de signets spécifiques pour les bureaux d’information peut être prévue, afin d’apporter des ressources déjà sélectionnées (INSEE, Journal Officiel, cours de la Bourse, catalogues de bibliothèques spécialisées, etc pour le bureau droit économie par ex.) et inciter les collègues moins impliqués dans ce travail à avoir recours davantage à Internet en service public, à apprivoiser peu à peu ce type d’aide. C’est aussi l’occasion pour le service qui travaille sur Internet de valoriser ses activités et de monter qu’elle ne perd pas de vue les préoccupations concrètes... Le rôle de l’équipe sera aussi de faciliter les tâches, de dédramatiser, d’éviter les sentiments de rejet ou les représentations de type « magique » : « Internet répond à toutes les questions ». La maîtrise des outils de recherche est le premier pas ; vient ensuite le travail de réflexion critique et de mise en perspective des résultats obtenus.
FORMATIONS DES USAGERS
1. PRESENTATION D’INTERNET
La BPI organise depuis longtemps des présentations orales d’Internet, qui ont lieu une fois par semaine, et durent environ 1 h 30. Compte-tenu de l’affluence, celles-ci se font sur inscription préalable au bureau d’accueil, afin de permettre aux usagers de voir l’écran et de poser des questions. D’après le rapport d’activité [6] 1998, 42 séances d’initiation ont été organisées l’an dernier par 11 bibliothécaires, avec en moyenne, une dizaine d’utilisateurs. Il y a eu aussi 20 permanences de 2 heures, ou un animateur était à la disposition des usagers, de manière plus informelle. En résumé, un peu moins de 800 usagers de la Bpi et du centre ont assisté à une séance de présentation. Dans les anciens locaux, qui le permettaient, avaient été organisées des sessions plus longues, avec projections sur grand écran. Aujourd’hui, des présentations ont toujours lieu devant les postes.. Ce sont des volontaires qui en sont responsables, venant de différents services : les présentations, même si elles obéissent au même canevas logique, sont illustrées d’exemples différents, tirés de l’expérience des uns et des autres (cf. ex. plan de D. Resche). Elles rencontrent depuis l’origine beaucoup de succès. Elles demandent cependant aux organisateurs un certain temps de préparation : une personne est responsable des plannings, et les intervenants doivent entretenir leur pratique, lire la presse spécialisée, pour répondre aux questions et pouvoir présenter des éléments nouveaux. On pourrait dire que c’est un « service public » d’un type particulier, à reconnaître comme tel.
Une des difficultés réside dans l’hétérogénéité des demandes des usagers : pour certains, il s’agit d’initiation : fonction de la barre d’icône, des menus, maniement de la souris, etc...D’autres en sont à un stade plus avancé, et énoncent des demandes spécifiques : retrouver des photos, des cartes, des revues en texte intégral, etc... il est donc difficile pour le formateur de produire une intervention qui satisfasse tout le monde. On pourrait peut-être envisager des formations à deux niveaux, du type initiation/perfectionnement, comme cela se fait déjà dans certaines bibliothèques universitaires, afin de diversifier les offres et de mieux répondre aux besoins, dès lors qu’ils sont clairement identifiés.
Une courte bibliographie sur Internet, avec la localisation des articles et ouvrages dans la bibliothèque, ainsi qu’un dépliant d’information, sont distribués aux usagers pendant ces séances.
Un dernier point : comme un grand nombre d’autres bibliothèques publiques et universitaires, nous songeons à un véritable règlement de l’usage d’internet, qui serait affiché et distribué, et serait un cadre de référence en cas de litige avec le lecteur (consultation de sites à contenu douteux, jeux, etc...) ; pour l’instant seule une charte d’utilisation est affichée dans les espaces publics.
Ex : site www.adpdp.asso.fr
2. PRESENTATION DU CATALOGUE ET DES OUTILS DOCUMENTAIRES
Il est prévu de reprendre très bientôt des présentations du catalogue, en insistant justement sur la possibilité de recherche des documents électroniques, ce qui aiderait à clarifier l’offre. De même, les outils bibliographiques feront l’objet, comme il était d’usage dans l’organisation précédente, de présentations au public en petits groupes.
DEPLIANTS D’INFORMATION
La bibliothèque a une tradition d’édition de dépliants, qui obéissent tous à la même charte graphique : format A4, plié en 3, impression en noir sur papier de couleur. Ils sont à la disposition des lecteurs aux bureaux d’information, et disséminés également dans des présentoirs. Celui qui est consacré à Internet vient d’être réédité, et fera l’objet d’une version anglaise.
AIDES METHODOLOGIQUES EN LIGNE
Yves le Coadic, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, évoque dans le « Dictionnaire encyclopédique de l’information et de la documentation[7] l’origine historique de la formation de l’usager :
« Les idées concernant la nécessité d’une instruction à la bibliothèque ont été émises pour la première fois vers les années 1840 aux Etats-Unis, lorsqu’était réclamée la création dans les collèges d’un poste de professeur des livres », jugé désespérément indispensable, en ajoutant plus loin : « C’est l’information électronique (en ligne) qui a remis à l’honneur la formation des usagers. Le peu de convivialité et la nouveauté des premières techniques d’information rendaient nécessaires des formations comme les formations à l’interrogation des banques de données ». Ce constat a le mérite de mettre en relief les barrières qui peuvent séparer l‘usager de l’accès aux documents présentés sur un support nouveau, quelquefois déroutant, et la nécessité, pour le fournisseur d’information, de mettre en place une formation minimale pour l’usager, préoccupation dont les pays anglo-saxons ont depuis longtemps nourri leur réflexion et leur action.
Nous avons évoqué deux moyens de formation de l’usager à Internet : les séances orales de présentation et les dépliants d’information. Les aides méthodologiques en ligne proposent des présentations des moteurs de recherche, un panorama des ressources offertes par le réseau, des conseils pour formuler une rechercher ou la « rerouter » sur d’autres outils en cas d’échec. Nous avons utilisé principalement les ressources fournies par les collègues bibliothécaires du Québec (GIRI) ; voir exemple sur http://www.bpi.fr
Ce type d’aide a l’avantage de permettre au lecteur de travailler seul, à son rythme, dans la tradition de l’auto-formation, et peut être un bagage préparatoire aux séances orales ; cette présentation est graduée, allant du plus simple au plus compliqué, et menée par un souci pédagogique : conseils et exemples. De même, fournir une liste analytique des moteurs de recherche, comme nous l’avons fait sur le site de la BPI, avec des précisions, procède du même esprit. Pour les bibliothécaires, ce type d’aide implique, profondément, de permettre de travailler à l’autonomie de l’usager, pour qu’il apprenne lui-même à se repérer, « à faire son miel », dirait Montaigne. Il est certain que l’aisance sur Internet vient non seulement des connaissances acquises, mais aussi de la pratique, par un système d’essais et d’erreurs.
CONCLUSION
Pour conclure, face à la différentiation de l’offre, il est clair que le rôle du bibliothécaire évolue, et que l’aspect "médiation" prend le dessus pour que les nouvelles ressources soient davantage sollicitées ; l’activité de formation, à l’intérieur comme à l’extérieur, représentera donc pour les professionnels un engagement de plus en plus grand.
[1] Internet à la Bibliothèque publique d’information : mise en place et premières impressions. BBF, t. 41, n°1, 1996.
[2] Paris : BPI, 1998 (BPI en Actes) pp.233-237.
[3] Internet à la Bibliothèque Publique d’Information : état des lieux et perspectives /Dominique Baude, Claire Dartois. ACTE, n° 20, oct. 1999.
[4] Quelle veille pratiquer sur un site web ? BBF, t. 46, n° 2, pp. 88-93.
[5] Arabesques, n°12, nov-dec. 1998. Formations pour un métier en mutation.
[6] Rapport d’activité de la BPI, service Accueil des publics, 1998.
[7] Paris : Nathan, 1997, p. 233 et suiv.




















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